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lundi 2 avril 2012

Jésus pendant la Semaine Sainte


La vie quotidienne a repris son cours dans Jérusalem, mais de bouche à oreille, dans les ruelles et les marchés, chacun commente la situation. Les uns savent que, du côté des autorités, l'on apprécie guère l'attitude de Jésus lors de son entrée à Jérusalem et qu'on envisage même de l'éliminer d'une manière ou d'une autre. D'autres sont des admirateurs inconditonnels et cherchent à le rencontrer. Les disciples s'inquiètent après avoir été heureux de ce triomphe. Jésus garde son calme.
Par delà ces branches joyeuses qui l'avaient entouré, il regardait vers son Père du ciel.
Au seuil de ces jours décisifs pour le salut des hommes, le récit évangélique nous présente Jésus en homme libre qui s'expose par sa parole et ses actes. Au dire de saint Luc, il ne subit pas le cours des événements mais il marche résolument vers sa Pâques.
"Comme s'accomplissait le temps où il devait être enlevé, il durcit son visage et prit résolument le chemin de Jérusalem." (Lc 9,51) Le sens grec du terme nous dit qu'il affermit sa décision. Ce ne sont pas ses traits extérieurs qui deviennent sévères. Au seuil de son dernier itinéraire terrestre, il est, bien au contraire, toute tendresse, toute paix, toute compréhension pour les gestes de Madeleine et le futur reniement de Pierre, à qui il dira au soir du Jeudi-Saint en évoquant le chant du coq : "Que votre coeur ne se trouble pas." (Jean 14. 1).
Sur ce chemin, depuis des semaines, il avait rencontré des oppositions, qui se révéleront finalement mortelles pour lui (Mt 21,12-16 ; 26,3). Il avait médité les prophètes et il pouvait pressentir les risques qu'il encourait, comme en témoigne cette apostrophe : "Jérusalem, Jérusalem, toi qui tues les prophètes et lapides ceux qui te sont envoyés." (23,37 ; 21,35)
A quelques jours de son arrestation, il ne prend aucune disposition fébrile. Il ne tente aucune démarche auprès de gens importants. Jean pourrait l'aider, lui qui a ses entrées chez Caïphe. Joseph d'Arimathie ou Nicodème pourraient peut-être intervenir.
Au seuil de ces heures capitales, Jésus vient tranquillement déjeuner avec des amis. Il accepte la joie du repas que Marthe, Marie et Lazare font en son honneur afin de manifester leur reconnaisance pour la résurrection de son ami. Il ne fait aucun reproche devant la dépense exagérée de Marie. Il accueille le don de cette femme qui, grâce à lui, peut revivre dans la fierté retrouvée. Mais il voit plus loin. Il sait la démarche qu'elle fera au tombeau au lendemain de sa mort.
Il connaît les limites de chacun et ne leur en fait aucun reproche. Il pourrait dénoncer le traitre aux autres apôtres et même le supplier, lui qui l'avait appelé, qui lui avait accordé la même confiance qu'aux autres et dont il avait senti la fragilité, les hésitations et les réticences. A ce moment de la "bouchée de pain" qu'il offre à Judas, selon le rite de la Pâque juive, les autres s'inquiètent d'eux-mêmes, de leur fragilité, de leurs hésitations :"Serait-ce moi, Seigneur ?"
Ce dernier repas avec eux, il l'avait désiré : "J'ai désiré d'un grand désir manger cette Pâque avec vous." "C'est pour cette heure que je suis venu." (Jean 12. 27) C'est pourquoi, la mort ne le surprend pas. Sa mort qui vient, cette mort qu'il accepte est la conséquence assumée de sa parole "Je me dois à mon Père" (Luc 2. 49). L'affirmation "Il fallait que le Fils de l'Homme fût livré" (Mt 16,21 ; 17,22 ; 20,18) est le noeud des récits de la Passion.
Mais elle est dans sa pensée tout au long de ces jours, comme elle l'est tout au long de sa vie, l'Évangile en témoigne, même au Thabor. Il a choisi librement d'en faire une donation joyeuse et non pas un destin implacable. Il assume, librement, l'aspect inévitable du cours des événements. Il conjugue la liberté divine et la liberté humaine dans une relation vivante avec celui qu'il appelle "Mon Père". Et c'est là qu'est la paix joyeuse qu'il connaît à la veille du Jeudi Saint.
Pour comprendre, à l'instar des disciples d'Emmaüs, il faudra une intelligence renouvelée des Écritures (Lc 24,32). La vie, la mort et la résurrection de Jésus pourront alors trouver leur sens " selon les Écritures ". Au repas de chez Lazare comme au repas pascal il nous faut relire la vie de Jésus à la lumière de l'amour comme nous devons le faire d'ailleurs de nos vies, relues à la lumière de la foi.
Faire la volonté de Dieu, c'est se maintenir à l'écoute dans cette relation vivante, c'est vivre en espérance et ce jusque dans l'épreuve. Loin d'une soumission aveugle à une autorité, l'écoute est travail de discernement, relecture à la lumière de la foi et de l'amour
Jésus en a vécu la certitude. "Quand Judas fut sorti, Jésus déclara : "Maintenant le Fils de l'Homme est glorifié et Dieu est glorifié en Lui."

Jacques Fournier 

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