Suivre par Email

vendredi 8 juin 2012

Les conseils évangéliques

Les conseils évangéliques
Magistral enseignement du Père Marie-Dominique PHILIPPE... à lire (jusqu'au bout), à méditer, à relire. Ce texte a une particularité il peut vous "convertir" !
 
Comme l’a rappelé le concile Vatican II : « Les conseils évangéliques de chasteté vouée à Dieu, de Pauvreté et d’obéissance, étant fondés sur les paroles et les exemples du Seigneur (…), constituent un don divin que l’Eglise a reçu de son Seigneur et que, par sa grâce, elle conserve fidèlement » (Lumen Gentium, 43). Mais l’esprit des conseils évangéliques, s’il est vécu de la manière la plus parfaite pour ceux qui consacrent toute leur vie à Dieu dans la profession religieuse, n’est certes pas réservé aux religieux. Il faut donc essayer de comprendre comment, en tant qu’Epouse du Christ (Eph 5,25 ; Ap 21,9), l’Eglise doit vivre dans tous ses membres de cet esprit de pauvreté, de chasteté et d’obéissance qui résume en quelque sorte les Béatitudes évangéliques (Mt 5,3-10) dont Jésus lui-même a vécu et elle les met à notre portée d’une manière toute pratique, pour que la charité puisse pleinement s’épanouir en nous.
 
Heureux ceux qui ont une âme de pauvre, c’est la première Béatitude, celle qui montre le mieux le passage de l’ancienne à la nouvelle Alliance, en Jésus qui est le pauvre par excellence. L’amour est toujours lié à la pauvreté, à bien plus forte raison l’amour divin. Pour aimer vraiment, pour recevoir vraiment celui qu’on aime et qui devient pour nous une source d’amour qui nous attire, il faut être pauvre : on devient le mendiant de celui qu’on aime. La pauvreté intérieure est un dépouillement de nos propres droits. Le pauvre est celui qui accepte de ne pas avoir de droits pour être toujours plus mendiant de la miséricorde.
 
Il faut bien distinguer « l’esprit de pauvreté » de « la pauvreté de fait ». La pauvreté de fait c’est manquer de ce dont on a besoin pour vivre (pain, gîte, habits …), c’est ne pas avoir reçu une instruction qui aurait pu nous permettre de faire des choses intéressantes, c’est ne pas avoir reçu une éducation qui nous aurait permis d’acquérir telle ou telle vertu. Ces pauvretés de fait, nous les vivons souvent soit dans une attitude de résignation, soit en faisant un complexe d’infériorité. En réalité, si nous sommes chrétiens, ces pauvretés demandent à être assumées dans un esprit de pauvreté. Si Dieu a permis que notre intelligence ou notre cœur ne soient pas aussi développés qu’ils auraient pu l’être, c’est pour que nous puissions assumer ces pauvretés dans l’amour, en comprenant que toutes ces blessures sont permises pour que nous soyons davantage mendiants du cœur de Jésus.
 
Mais si on distingue pauvreté de fait et esprit de pauvreté, il faut bien comprendre que l’esprit de pauvreté demande de s’incarner dans certaines pauvretés de fait. Il est impossible de garder un véritable esprit de pauvreté s’il ne s’incarne pas, s’il ne se concrétise pas dans tel ou tel manque, telle ou telle privation.
 
L’esprit de pauvreté agrandit notre cœur, il nous empêche de nous replier sur nous-mêmes et d’être pharisiens. La suffisance spirituelle est une chose terrible parce qu’elle nous empêche de grandir. C’est directement contre elle que lutte l’esprit de pauvreté, qui nous rend totalement relatifs à Jésus parce que nous savons que sans lui nous ne pouvons rien faire (Jn 15,5). Revêtus alors de la miséricorde du Christ, nous avons la richesse même de celui qui, de riche qu’il était, s’est fait pauvre pour nous (2 Co 8,9). Nous sommes envahis de sa miséricorde et revêtus de sa splendeur intérieure, la plénitude de sa grâce.
 
L’esprit de pauvreté est d’une certaine manière le gardien de l’esprit de chasteté. L’esprit de chasteté (qui s’achève dans un esprit de virginité) consiste à aimer « divinement » (aimer de charité) notre corps, notre sensibilité, notre imagination.  Cet esprit, qui exige une très grande pureté et limpidité du cœur, nous fait comprendre que l’amour qui s’exprime à travers notre sensibilité, nos passions, notre imagination et notre instinct, reste un amour très limité. Cet amour, qui est très enraciné dans notre corps puisqu’il touche en nous la nature humaine, nature charnelle, est un amour égocentrique. Par l’instinct et la passion, on veut satisfaire des besoins immédiats ; et l’instinct (l’instinct sexuel ou l’instinct qui se porte sur la nourriture et la boisson) implique toujours un retour sur soi. C’est une jouissance immédiate qu’on cherche : ce n’est donc pas un véritable amour, car le véritable amour exige un dépassement, il demande d’aimer l’autre pour lui-même. La « concupiscence de la chair » (1 Jn 2,16) doit être dépassée pour que l’amour véritable s’empare complètement de notre cœur. Ainsi, comme l’esprit de pauvreté, mais d’une autre manière, l’esprit de chasteté agrandit notre cœur à la dimension d’un amour plus parfait, beaucoup plus grand. Il ne s’agit pas de lutter contre l’instinct et les passions en mettant uniquement des barrières : «  C’est défendu, donc je ne le fais pas » (attitude stoïcienne). C’est quelque chose qui, de l’intérieur, va pouvoir assumer l’instinct et les passions pour les apaiser et leur permettre d’être dépassées par un amour plus grand.
 
L’esprit de chasteté, qui est un esprit évangélique et qui provient donc de l’Esprit-Saint, de la plénitude de l’amour divin, ne vient pas brimer de l’extérieur : il assume et transforme de l’intérieur. En effet, même l’instinct est un certain appel à l’amour, mais très limité, très égocentrique. Il faut donc que, de l’intérieur, l’esprit de chasteté arrive à saisir ce qu’il y a de juste dans cet appel et dans la passion, pour les dépasser ou les assumer dans un amour plus parfait.
 
L’esprit d’obéissance est peut-être ce qu’il y a de plus difficile à vivre dans le climat d’aujourd’hui. En effet, l'influence freudienne va directement contre l'esprit d'obéissance. Dans la perspective de Freud, l'obéissance est source de refoulement et elle doit être dépassée. On l'admet à la rigueur (et encore, pas toujours) pour l'enfant, mais ensuite on ne l'accepte plus. En fait, déjà Aristote n'admettait l'obéissance que pour l'enfant  et la femme (qui, selon lui, n'était pas capable d'exercer vraiment la prudence). Ainsi, l'obéissance serait réservée à ceux qui ne sont pas capables d'exercer la prudence; l'homme prudent n'aurait plus qu'à obéir à des choses extérieures, à respecter les lois civiques, payer ses impôts, etc. Ainsi comprise, l'obéissance est réduite à bien peu de chose. Or ce qui est extraordinaire dans l'Evangile, c'est que l'obéissance prend tout. Et cela, Jésus l'a voulu dès le premier instant de son Incarnation (He 10,5-9), et c'est dans l'obéissance qu'Il a terminé sa vie : Il s'est fait obéissant jusqu'à la mort... (Phi 2,8).
 
Pourquoi l'obéissance, en terre chrétienne, prend-elle cette dimension et devient même un « esprit » d'obéissance ? Parce que Jésus veut que nous soyons enfants du père, dans les ténèbres de la foi et la pauvreté de l'espérance. Or, entrer dans cette intimité avec le Père exige de nous un grand dépassement, précisément parce que nous ne tendons plus vers un bonheur humain, mais vers un bonheur divin. L'obéissance est ce qui permet le mieux ce dépassement, puisque dans l'obéissance on accepte de mourir à son jugement propre. Nous acceptons de perdre ce jugement pratique qui organiserait notre vie selon notre propre prudence, pour recevoir le jugement de celui qui exerce sur nous l'autorité. L'obéissance, en effet, nous lie directement à l'autorité sur nous, et on reçoit ce commandement de celui qui a l'autorité suprême du Père. Toute autorité est paternelle.
 
Pour bien comprendre cet esprit d'obéissance, il faut toujours bien distinguer « autorité » et « pouvoir ». C'est l'origine de l'opposition si violente de Freud à l'égard de l'obéissance : il a confondu le pouvoir, qui peut devenir tyrannique, avec l'autorité. L'autorité est un service : on aide celui qui nous est soumis, dont on est responsable. On l'aide, et on vit avec lui comme « en cordée », pour pouvoir monter plus vite et avec plus d'assurance vers la volonté du Père, vers Jésus qui nous attend. Toute autorité doit être vue dans ce lien avec l'autorité première du Père et ainsi nous aider à aller plus loin, à sortir de nos propres limites, de nos petitesses, pour entrer dans une intimité d'amour plus profonde.

L'obéissance présuppose l'amour et, quand il s'agit de de l'esprit d'obéissance, elle s'achève dans l'amour. C'est alors quelque chose de très grand, puisque dès qu'on obéit, on fait œuvre commune avec celui qui exerce l'autorité sur nous. Et du fait même qu'on fait œuvre commune avec lui, on a toute la grandeur de son regard : on n'est plus enfermé sur soi et on a la vision même de Dieu sur nous. Mais évidemment, cela exige de mourir à nous-mêmes, à notre jugement propre. C'est pour cela que l'obéissance chrétienne nous lie toujours à la Croix du Christ et nous fait vivre un peu du même mystère que lui. Nous nous offrons au Père, à son autorité paternelle, nous lui offrons notre propre volonté en holocauste d'amour, pour que ce soit la volonté de Dieu qui s'empare de nous et qui oriente toute notre vie.

Père Marie-Dominique Philippe O.P

Cet article n'a pas encore été commenté ...

Enregistrer un commentaire

>> Comment faire ? Besoin d'aide : -cliquez ici-

 
Design by Free WordPress Themes | Bloggerized by Lasantha - Premium Blogger Themes